
Entre deux contrats, Stephanie Smith se rend dans son atelier où elle transforme des bouteilles de vin en de jolis verres et autres objets d’art de la table. C’est ce qui permet à la graphiste, à la tête de l’agence Phase 3, de refaire le plein d’énergie et d’ainsi, conserver son équilibre. Un défi pour cette passionnée.
Stephanie Smith a toujours fait montre de détermination. Coachée par sa tante qui travaillait dans le domaine du graphisme, elle lance en 2004 l’agence Phase 3. Elle avait alors 18 ans. « J’ai commencé à faire des contrats et à m’afficher par-ci par-là, jusqu’à ce que je me retrouve coincée par manque de compétences. » En 2005, elle décide donc de s’inscrire au DEP en procédés infographiques.

Un peu avant l’obtention de son diplôme, en 2007, elle est embauchée dans une petite agence avec laquelle elle travaille à temps partiel. En parallèle, elle continue de bâtir sa clientèle. « D’entrée de jeu, les cartes étaient sur table et mon employeur savait que je finirais par quitter pour être totalement solo. Cette expérience m’a permis d’acquérir les connaissances en administration pour poursuivre à mon compte, tout en m’apportant une sécurité financière », raconte-t-elle. Après sept ans, elle décide de faire le saut et de se consacrer entièrement à son entreprise.
Dès l’année suivante, Stephanie Smith est recrutée par le Campus Brome-Missisquoi pour enseigner deux jours par semaine l’infographie aux étudiants du DEP, une façon pour elle de transmettre ses connaissances à la relève. « Plusieurs de mes clients ne savaient même pas que je donnais des cours, se rappelle-t-elle. Je faisais mes suivis pendant mes pauses ou sur l’heure du midi, si bien que cela passait incognito. » S’ensuit la période la plus occupée de sa vie, où en plus d’enseigner, elle jongle avec de multiples contrats et amorce un baccalauréat en enseignement professionnel à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), une suite logique à son parcours, selon elle.
« Tout allait vraiment vite, c’était complètement fou, poursuit-elle. Au fil du temps, on a augmenté ma charge d’enseignement et je suis passée à quatre jours par semaine. Je ne sais pas comment c’est physiquement possible, mais durant cette période, j’ai enregistré l’une de mes plus grosses années financières avec l’entreprise. Le problème, c’est que tout me réussissait. »
- Stephanie Smith, fondatrice de Phase 3
Or, en 2018, Stephanie Smith a frappé un mur. « Je me suis réveillée toute seule dans un appartement avec mes deux chiens. La vie s’était chargée de me faire comprendre qu’il fallait que je ralentisse le rythme. » Complètement épuisée, elle s’accroche à son travail, la seule chose qui lui reste. Financièrement, et psychologiquement, il était impossible pour elle de s’arrêter.
Cependant, l’entrepreneure n’a pas eu d’autres choix que de lever le pied, d’abord en diminuant sa charge d’enseignement puis en cessant tout simplement de donner des cours. « J’adorais cela, mais j’ai dû revoir mes priorités. J’ai réalisé que c’était de l’énergie que je ne pouvais mettre à consolider mon entreprise. »
Pour créer une saine distance entre sa vie professionnelle et personnelle, Stephanie Smith a loué un bureau situé à 30 minutes de son appartement. « Afin d’éviter les tentations, j’y laissais même mon ordinateur portable. J’ai passé quinze mois à ralentir le rythme, à restructurer mon entreprise, à prioriser. J’ai aussi pris le temps de réfléchir au type de clients qui me convenaient le mieux, qui me donnaient de l’énergie. »
Une épreuve salutaire
Cet épisode a marqué un tournant dans sa vie, estime-t-elle. « Je considère cela comme un privilège, puisque ça a tout changé. Bien sûr, je n’aurais jamais dit cela à l’époque, mais cela m’a permis de constater que j’ai la force de surmonter les épreuves. Je suis beaucoup plus zen et confiante en l’avenir maintenant. Je pense que l’équilibre, c’est vraiment quand on se sent sur son X, quand nos valeurs et nos actions sont parfaitement alignées. Pour cela, il faut prendre conscience de ce qu’on veut réellement et orienter nos gestes, nos paroles, nos décisions, dans ce sens. Et c’est ce que cela m’a permis. »
Depuis, la graphiste n’a pas eu le choix d’apprendre à s’arrêter. Si son ordinateur est de retour à la maison, il reste fermé entre 17h et 9h. Et, depuis le début de l’année, elle a même opté pour un horaire de quatre jours par semaine. Des changements salutaires qui lui laissent la place pour de nouveau projets personnels comme le lancement, en 2024, d’Atelier Bakus. Dans cette nouvelle entreprise, Stephanie Smith donne une seconde vie aux bouteilles de vin, en les transformant en verres, petits contenants et autres objets utiles.
« On jette nos bouteilles au recyclage sans prendre la peine de les regarder alors qu’elles sont magnifiques. C’est très gratifiant de créer des objets qui mettent en valeur la qualité du verre, sa couleur et ses détails à partir d’une matière destinée au dépotoir. »
- Stephanie Smith, créatrice d’Atelier Bakus
Plus encore, travailler de ses mains lui permet de se vider la tête, entre deux mandats. « En tant que graphiste, je dois trouver la meilleure façon possible de présenter les choses, ce qui demande beaucoup de créativité. C’est très exigeant, surtout que je me suis spécialisée dans les longs documents. J’adore cela, mais il faut vraiment que je me plonge dans le contenu, qui est parfois assez technique, pour l’imager correctement. C’est donc reposant de poser des gestes simples, comme couper ou sabler le verre. Cela me permet de conserver mon équilibre. »
Déjà, le bouche à oreilles a commencé à faire son œuvre. En plus d’avoir participé à quelques salons d’artisans, Stephanie Smith vient tout juste d’installer une petite boutique chez elle, ouverte sur rendez-vous.
« Je me suis vraiment lancée dans cette aventure pour moi et, si les gens apprécient, c’est juste un bonus. Et, comme il s’agit de ma deuxième entreprise, j’ai une vision vraiment différente des choses. Je ne me mets pas de pression. On verra bien où cela me mènera. »
Malgré cela, Stephanie Smith est consciente que, quand on est entrepreneure – et passionnée de surcroît – maintenir son équilibre est un défi quotidien. « Cela change vraiment, selon les périodes de notre vie. D’où l’importance de se questionner régulièrement sur ce qu’on veut pour rester en droite ligne avec nos objectifs et nos valeurs », insiste-t-elle. Un travail sur soi qui, à long terme, permet de traverser toutes les étapes vers sa métamorphose en papillon, comme l’évoque le logo de son agence, Phase 3.
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